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23 Avr Papier 2018 – Regard amateur sur la foire d’art contemporain de Montréal

Published May 1 2018 by Arts de la Maison

« Papier » : c’est sous cet intitulé sobre qu’exposaient ce week-end une quarantaine de galeries du Canada lors de la foire d’art contemporain de Montréal. 11ème édition pour cet événement bien établi mais une première pour moi récemment installée à Montréal.

Qu’ai-je vu et retenu qui mérite d’être partagé avec vous ?

Des œuvres très structurées, dévoilant un schéma (de pensée ?), des corps fragmentés, des perspectives dérangées. La ligne prend souvent le pas sur la matière. L’économie de moyens concentre le motif au centre du support. Le trait est fin.

Peu de lyrisme, de sensualité, de vie et d’une certaine manière de générosité.

Est-ce parce qu’il s’agit de « papier » que l’approche est retenue ?

Voici néanmoins deux œuvres qui m’ont touchée :

Unspoiled un très beau paysage stylisé du peintre David Thauberger (dans le style de son œuvre Night Fall ci-dessous) représenté par la Slate Fine Art Gallery à Halifax. Un tableau empreint de nostalgie avec un tracé rouge en alerte, comme une ligne à ne pas dépasser.

Et une autre œuvre introvertie, Waiting for the darkness de la photographe Mariette Roodenburg représentée elle aussi par une galerie de Halifax, Studio 21 Fine Art.

Ces deux œuvres guident le spectateur dans la profondeur d’un paysage. La palette, pénétrante, est sombre, baignée d’une lumière froide… La joie ne tambourine pas sur le support mais l’impression est persistante. Le tableau révèle une présence, un questionnement.

A vrai dire, peu d’œuvres ont retenu mon attention mais l’ensemble du parcours a soulevé des questions : l’art contemporain est-il heureux, au fond ? Ou bien est-ce que son paradigme m’échappe ? (Auquel cas je veux bien qu’on m’explique.)

S’agissant des corps – le plus souvent féminins – représentés ou esquissés, on est loin des nus irradiants de lumière d’un Bonnard. Si l’art est le reflet d’une époque, l’époque est inventive, poseuse (instagrammeuse ?) mais elle n’est guère joyeuse…

On se prend à rêver d’un art qui selon une approche plus classique nous mette en contact avec la beauté, l’indicible, un ailleurs de lumière et de ténèbres animé, mouvant… qui touche et appelle nos âmes. D’une vague ample à la Victor Hugo – « Ma destinée » – qui délie le geste créateur.

J’attends aussi l’artiste dont l’œuvre soit un coup de cymbales propre à faire vibrer les cœurs et trembler les certitudes, dont l’art éclabousserait le public d’un éclat de rire irrésistible.

Scott Plear peut-être dont je suis tombée en amour ? Une de ses œuvres illumine notre cuisine, preuve qu’elle a du corps et du goût.

À « Papier », le meilleur pour moi ce fut finalement la table ronde de BAAM (Brigade Arts-Affaires de Montréal) où un trio féminin – collectionneuse, galeriste, artiste – échangeait avec beaucoup de fraîcheur et de spontanéité sur l’acte de collectionner. « Pouvoir vivre avec des œuvres est un privilège immense » dixit Joanie, avocate et collectionneuse. C’est si vrai quand elles sont inspirantes ! Et de préciser qu’elle prête ses œuvres à ses proches car l’art existe quand il est vu.

Au fond, la générosité elle était là : dans le partage de l’art. A cet égard « Papier » a rempli sa mission à défaut de combler mon cœur.


Studio 21