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L’art contemporain suscite plus d’intérêt

Published Apr 25 2016 by Caroline Montpetit, Le Devoir

Sur la table de la galerie Studio 21, un tigre de papier, de France Pillière, vient d’être acheté par un amateur, et s’apprête à s’envoler pour New York. Il fait partie des oeuvres que cette galerie de Halifax a apportées en camionnette, pour les exposer à la foire Papier 16, qui se déroulait ce week-end, au Hangar 16 du Vieux-Port de Montréal.

 

Selon la directrice de cette galerie, Deborah Carver, la foire Papier 16 est l’une des rares foires d’art contemporain au Canada, avec Art Toronto, qui se déroule à l’automne.

 

« Dans d’autres pays, c’est une pratique très établie. Mais au Canada, ça commence seulement », dit-elle.

 

C’est le galeriste Eric Devlin qui a eu l’idée de la création de cet événement il y a neuf ans, alors qu’il était président de l’Association des galeries d’art contemporain, qui l’organise encore cette année. « Cela a pris de l’ampleur depuis », constate-t-il. En général, dit-il, les oeuvres de papier sont plus légères, et donc plus faciles à exposer, tandis que les toiles demandent des murs plus solides par exemple.

 

L’importance des événements

 

Pour la première fois cette année, l’événement se tenait au Hangar 16 du Vieux-Port de Montréal.

 

« Il y a des gens qui s’initient simplement, des gens qui viennent faire leurs emplettes. Il faudrait aussi faire un événement comme ça à l’automne », dit M. Devlin.

 

Selon lui, les gens ont pris l’habitude de consommer la culture dans des événements, dans les festivals, par exemple, plutôt qu’au quotidien.

 

« Il y a des changements dans les habitudes des consommateurs de culture », dit-il.

 

Le fait est que les membres du public se sont déplacés en grand nombre pour voir la sélection exposée par les quelque 38 galeristes présents.

 

« II y a des néophytes totaux qui demandent ce qu’est une eau-forte », dit Devlin, et d’autres qui ont une connaissance étonnante des artistes présentés. Il a vendu par exemple deux oeuvres de Zoran Music, un peintre slovène qui a été interné à Dachau, à un couple de Québécois qui connaissaient déjà son oeuvre.

 

Deborah Carver se réjouissait pour sa part d’avoir vendu une oeuvre de la jeune artiste Katie Belcher, de Halifax, à une amatrice tout aussi jeune.

 

« C’était probablement la première oeuvre qu’elle achetait et, ça, c’est vraiment excitant. »

 

L’amour de l’art

 

Tous viennent par ailleurs pour l’amour de l’art. Selon Eric Devlin, les arguments des galeristes selon lesquels l’art est un investissement sont fallacieux. « Est-ce qu’on investit en allant voir une pièce de théâtre ? », demande-t-il.

 

Hélène La Haye, elle-même artiste peintre, se réjouissait, elle aussi, de mesurer l’intérêt du public pour l’art contemporain, même si elle n’avait pas d’oeuvre exposée à Papier 16. Selon Christine Blais, directrice de l’Association des galeries d’art contemporain, l’événement provoqué l’an dernier des retombées d’un million de dollars, et a attiré 17 000 visiteurs.

 

Treize des galeristes présents à Papier 16 cette année provenaient de l’extérieur de Montréal.

 

En marge de l’exposition, plusieurs événements étaient organisés sur le thème de l’art contemporain.

 

Stéphane Aquin, aujourd’hui conservateur en chef du musée Hirshhorn, de Washington, a parlé notamment de la difficulté croissante de recruter des conservateurs spécialisés dans le domaine du papier. De son côté, John Zeppetelli, directeur et conservateur en chef du Musée d’art contemporain de Montréal, a reconnu que l’art contemporain mixait de plus en plus les techniques et les supports, et que les conservateurs étaient aujourd’hui principalement des généralistes.

 

Le mélange des supports et des techniques pose d’ailleurs des difficultés de classification des oeuvres. Par exemple, l’oeuvre Door, de Michael Snow, créée en 1979 : c’est une photographie d’une aquarelle peinte par Snow, qui représente une porte. En avant-plan de cette aquarelle, une main tient une allumette. « Quel est alors le statut de l’aquarelle ? », demandait hier Jean Gagnon, directeur de la présentation et de l’accès aux collections de la Cinémathèque québécoise.

 

Or, près de la moitié des 8000 oeuvres du Musée d’art contemporain ont une composante de papier, estime John Zeppetelli.

 

Le papier, pour sa part, demande des soins particuliers lorsqu’il est exposé. Selon Stéphane Aquin, les musées doivent compter une année de repos pour chaque mois durant lequel la toile est exposée. Le papier demande également d’être moins exposé à la lumière que la toile, ce qui pose parfois des défis pour l’organisation des expositions.

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Studio 21